Olivier Delacroix : Témoigner à la télévision est une preuve de courage


Par publié le 06/09/2015 à 06h00


Depuis quatre ans, l’animateur du magazine Dans les yeux d’Olivier « confesse » ceux que l’existence a blessés ou isolés, sans voyeurisme et avec une pudeur qui le rend atypique à la télévision.

– Depuis votre première émission, en 2011, comment choisissez-vous vos thèmes ?

J’ai une écoute naturelle et je m’inspire du monde dans lequel je vis, rarement de l’actualité. Cette saison, il est question d’enlèvements parentaux, de naissance sous X, d’avoir frôlé la mort, de vivre avec une maladie mentale et enfin d’être son «propre pire ennemi». C’est une 5e saison ouverte, les sujets étant très éloignés de ceux du passé.

– Qu’est-ce qui a évolué ? Votre regard ou celui de vos témoins ?

En apprenant des autres, j’ai évolué moi-même, tout simplement. J’ai progressé, aussi, dans mon approche. Les témoins, eux, ne changent pas, ils n’évoquent leur histoire que s’ils le souhaitent.

– Comment établissez-vous un lien de confiance avec eux ?

Je n’invente rien en disant que la confiance, ça se gagne ! Avant d’entamer un tournage, je rencontre chaque témoin, au moins une journée, et j’explique comment cela va se passer. C’est à l’issue de ces échanges que l’on décide ensemble si on tourne ou pas. C’est important pour eux, mais aussi pour moi, de sentir que le courant passe et que ce fameux lien de confiance est établi. Quand je reviens avec mon équipe, la caméra n’est pas un problème, ils se sentent bien.

– Vous fixez-vous des limites ?

Ce sont les témoins qui fixent eux-mêmes les limites de leur témoignage. En revanche, s’ils se laissent trop embarquer dans l’émotion, je freine les choses pour éviter de tomber dans le trash ou le larmoyant, pour les protéger d’eux-mêmes. Il y a des choses à dire à la télé et d’autres qui doivent rester dans leur jardin secret. Un témoignage à la télévision, ça peut se révéler dangereux. C’est cela aussi le lien de confiance.

– Certains d’entre eux se sont-ils sentis soulagés ?

En toute humilité, cela concerne les trois quarts des témoins. Ils «accouchent» de certaines choses et pour eux, c’est presque une thérapie accélérée. Le faire à la télévision, puis devoir affronter les autres, c’est une preuve de courage. En quatre ans, personne n’a rien regretté, mais il y a eu un avant et un après l’émission.- Parfois, vous devez en prendre «plein la gueule», non ?Oh là là, oui ! Mais cela fait partie du contrat entre eux et moi.

– Peut-on vous appeler «docteur» ?

Non. Je ne suis pas psychologue. Ce domaine m’intéresse, mais je n’ai fait que des études de journalisme.

– Olivier Delacroix pourrait-il un jour être lui-même le sujet d’un numéro des Yeux d’Olivier ?

Bien sûr ! Je l’ai fait en partie l’année dernière avec un livre, Nos chemins sont semés de rencontres (Michel Lafon). L’écriture, c’est plus facile que l’exercice de la caméra, mais – comme participer au Divan de Marc-Olivier Fogiel – pourquoi pas ?

– Partant pour une sixième saison ?

Les tournages sont d’ores et déjà prévus !

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