Georges Pernoud : « On a tous quelque chose en nous de… Thalassa »


Par publié le 17/11/2015 à 10h30


Thalassa fête ses 40 ans ! France 3 célèbre l’événement avec un dispositif spécial tout au long de ce vendredi. Récit d’une longue histoire d’amour d’une émission dédiée à la mer, née presque par hasard grâce à Georges Pernoud, un jeune caméraman qui

Cela peut paraître bizarre, mais beaucoup se posent encore la question : que signifie «thalassa» ?

La mer, tout simplement, en grec.

Comment est née l’émission ?

En 1973, j’ai participé à la première course autour du monde à la voile en tant que caméraman. C’était ma première expérience au large. Et ce fut une expérience humaine très forte, j’avais découvert un monde magnifique. Le 4 juin 1975, j’ai déposé mon dossier Thalassa, le magazine de la mer sur le bureau de Maurice Cazeneuve, le directeur des programmes de France 3 de l’époque. Deux jours après, le projet était accepté. La mer était entrée dans ma vie et, qui sait, dans mon âme. J’étais content parce que c’était un magazine de 26 minutes par mois. Puis on est passé à cinquante minutes en hebdomadaire à partir de 1979. Heureusement, l’océan est un sujet qui reste totalement inépuisable.

S’il y avait une philosophie propre à l’émission, quelle serait-elle ?

Du premier magazine, le 27 septembre 1975, à aujourd’hui : se refuser à être une émission spécialisée. Nous travaillons avant tout pour le grand public. Alors, pas de jargon maritime à l’antenne ! D’ailleurs, je n’ai jamais embauché de marins ! Pour moi, c’est clair, je me dis souvent : « Georges, tu habites Nanterre et tu n’y connais rien à la mer. Je me dois d’être le premier spectateur de Thalassa et tout comprendre ! »

Comment s’est formé «l’équipage Thalassa» ?

Tout naturellement ; beaucoup sont venus vers moi spontanément. Au début, j’ai tout simplement choisi des journalistes non spécialisés, des caméramen, des monteurs que je côtoyais depuis que j’étais à France 3, en 1968. Depuis, l’équipage s’est étoffé. À bord, peu importe le statut, ce sont les idées qui comptent.

Y-a-t-il eu des tentatives de mutinerie à bord ?

Aucune ! Comme dans toutes les familles, il y a eu des hauts et des bas, et souvent des disputes, c’est évident. Mais on reste un équipage où chacun respecte le voisin.

Dans un monde audiovisuel tourmenté, comment avez-vous pu tenir le cap pendant ces quarante ans de service ?

En restant nous-mêmes, et ce avec l’appui des différentes directions ; malgré les contraintes budgétaires et même la toute puissance de l’audimat. Aujourd’hui, on ne se plaint pas, avec 3 millions de téléspectateurs en moyenne par émission.

Vous devez avoir des souvenirs plein la tête ?

Beaucoup trop nombreux pour tous les citer, bons ou moins bons. Il y a eu des rires et des larmes, mais ce fut quarante ans de bonheur. Psychologiquement, je suis paré pour encore tenir la même distance.

Pendant cette période, une autre chaîne a-t-elle tenté de vous débaucher ?

Une seule fois, en 1978. J’ai rencontré à deux reprises Francis Bouygues, qui venait d’acquérir TF1 et qui souhaitait que Thalassa passe sur sa chaîne. De ces entretiens, je retiens ma dernière question : «Si je gagne deux fois plus d’argent, serai-je deux fois plus heureux, monsieur Bouygues ?». Et sa réponse franche et sincère : «Je ne peux pas vous le garantir.» L’affaire en est restée là.

Après environ 1 700 émissions, comment voyez-vous l’avenir ?

Notre avenir ne dépend que d’une seule chose : la fidélité des téléspectateurs. Heureusement, et pour reprendre le refrain de mon chanteur préféré : «On a tous quelque chose en nous de Thalassa.» !

Combien de temps encore pensez-vous être à la barre ?

Je prends encore et toujours énormément de plaisir et tant que le physique et la tête suivront, je serai là. Je ne sais pas si je suis homme à prendre ma retraite. Professionnellement, je n’ai pas d’héritier et très honnêtement, même sans moi, Thalassa continuera à faire rêver.

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