Dans les coulisses féeriques du Moulin Rouge


Par publié le 26/12/2015 à 12h44


Depuis 126 ans, le Moulin Rouge fait rêver des millions de spectateurs venus du monde entier. Mais que cachent les décors somptueux, le strass et les paillettes ? Le cabaret emblématique de la capitale est une véritable fourmilière qui réserve de nom.

Pénétrer au Moulin Rouge, c’est visiter une institution du cabaret à la française. Difficile d’imaginer que ce lieu est une véritable entreprise, pour ne pas dire une «machine de guerre à faire rêver». En coulisses, le mythique cabaret de la place Blanche emploie plus de 450 employés, dont 22 à la couture, 23 à l’habillage, 60 danseuses et danseurs… et tous les autres corps de métier pour qu’après ce travail journalier de titan, le spectacle en salle et sur scène soit parfait pour les quelques 600 000 personnes accueillies chaque année. «Les costumiers, les chausseurs, les couturiers, les perruquiers doivent tout vérifier chaque jour, précise Marie, coordinatrice de l’ensemble. S’il y a besoin, les couturiers reprennent à la main chacun des costumes (il y en a dix par danseur), à la paillette près s’il le faut. Idem pour les perruques faites de vrais cheveux ou les plumes confectionnées à partir d’animaux.». Dans l’esprit de tous, le Moulin Rouge, c’est avant tout le «Palais de la danse et de la femme». C’est la troupe des Doriss Girls et Doriss Dancers, que les spectateurs viennent applaudir. Ils sont 60, d’une moyenne d’âge de 22 ans, issus de 14 nationalités à avoir tenté leur chance, malgré des critères exigeants : une formation de danse classique obligatoire pour tous, une taille minimum de 1,75 m pour les danseuses et de 1,85 m pour les danseurs.

Le Moulin Rouge ne ferme jamais

La direction porte également une attention toute particulière au maintien physique de la troupe : la prise et la perte de poids sont réglementées ( + ou – 2 kilos ), les coupes de cheveux et les changements de couleurs surveillés… Sophie avait 24 ans quand elle a fait ses premiers pas dans le corps de ballet. En dix ans, ces contraintes ne l’ont jamais effrayées. «La discipline et l’hygiène de vie, on connaît tout cela depuis notre enfance, dit-elle. On s’entraîne individuellement, mais aussi en groupe, chaque semaine sous la houlette de la maîtresse de ballet. Ces «contraintes» ne sont pas une surprise. D’autant que si nous sommes des artistes, nous sommes aussi des sportifs. On oublie tout, parce que nous sommes amoureux de la danse.» Du physique, il en faut à la troupe pour assurer les deux représentations par soir, six jours sur sept, tous les jours de l’année. «Pas tout à fait, reprend Sophie. Nous avons aussi droit à cinq semaines de vacances par an et à une prime-repos collée à notre jour de congé, ce qui nous fait un petit weekend. Sinon, c’est vrai le Moulin Rouge ne ferme jamais.» Une seule exception, depuis son ouverture en 1889 : le 23 novembre 1981, pour la reine Elizabeth II d’Angleterre venue assister au spectacle Frénésie. Le Moulin Rouge, c’est aussi une table ! Depuis cette année, et pour la première fois de son histoire, le cabaret a intégré sa propre cuisine avec David Le Quellec à la barre. Ce chef de 43 ans a pour mission d’éveiller les papilles du public avec une équipe de 25 cuisiniers pour élaborer la carte et une brigade de salle de 120 personnes pour les 600 couverts servis tous les soirs et 240 000 bouteilles de champagne ouvertes par an. «Cette carte, il fallait qu’elle soit fonctionnelle et rapide à servir, explique celui qui se définit comme un «chef d’orchestre». Le mot d’ordre est de satisfaire notre client avec une cuisine raffinée, une sorte d’alliance entre tradition de la gastronomie française et modernité. Si on a l’avantage de connaître le menu qu’il a choisi lors de la réservation, on ne sait pas ce qu’il va manger une fois à table. Alors, on anticipe, soit un peu de viande ou de poisson, s’il fait chaud ou froid, si la clientèle est plus japonaise qu’américaine, russe ou chinoise… Mais un client peut toujours réclamer, à la réservation, un menu qui lui est spécial. Notre cuisine est ouverte à toutes les propositions. Ma politique est de ne jamais dire non.» En témoigne le reportage fait dans le cadre du magazine Les Escapades de Petit renaud diffusé ce jour. Pour savourer le tout et terminer la soirée en beauté, les spectateurs admirent le French Cancan, qui 126 ans après ses premiers pas, reste le symbole éternel du Moulin Rouge. «Pour le Cancan, nous n’avons pas le droit à l’erreur. C’est l’âme du Moulin, conclut Sophie, même s’il représente un moment de pure euphorie dans le spectacle.»