Denis Brogniart : «Ce ne sera plus jamais pareil»


Par publié le 01/09/2014 à 11h18


Le jeu d'aventures revient sur TF1, plus d'un an après la double tragédie : le décès d'un candidat et le suicide du médecin de l'équipe. Confidences émouvantes de celui qui est aux manettes.

- Dans quel état d’esprit avez-vous repris ces tournages ?

 

Nous étions tous impatients, quelles que soient nos fonctions au sein de l’équipe. Mais il n’y avait pas d’euphorie dans ces retrouvailles. Nous nous connaissons bien, puisque l’équipe est constituée de 80 % d’habitués depuis au moins cinq ou six ans. Au moment des déjeuners ou des dîners, il y avait un silence inhabituel, presque une sorte de recueillement. Quand je suis sur le bateau avec les candidats et quand je leur donne le top départ avant qu’ils ne plongent dans l’eau pour regagner leur île, c’est un moment compliqué pour moi, car je revis ce que nous avons vécu il y a plus d’un an au Vietnam…

 
– Est-ce que proposer une version All Stars de Koh-Lanta, c’est-à-dire avec uniquement d’anciens candidats, est une façon de repartir sur de bonnes bases ?

 

Nous voulions mettre en avant des personnalités charismatiques, capables physiquement de vivre cette aventure. Même si tous sont des habitués, ils ont bien sûr passé les tests médicaux.

 
- Est-ce qu’à la suite de cette tragédie, vous vous êtes dit que l’émission ne reviendrait plus ?
Non. Tout simplement parce que j’étais présent de la première à la dernière seconde ce jour-là. Je sais ce qui s’est passé. Si la responsabilité des équipes avait été engagée, j’aurais pris la décision d’arrêter et de ne pas revenir cette année. Mais ce n’était pas le cas. Tout ce qui devait être fait a été fait. Je participe moi-même à des raids aventures et je peux vous dire que les précautions médicales qui y sont prises sont moins nombreuses que celles mises en place sur Koh-Lanta.
- Certains téléspectateurs sont choqués par le retour de l’émission. Pouvez-vous les comprendre ?

 

Si les réseaux sociaux sont représentatifs de ce que pense l’ensemble de la population, alors ces téléspectateurs-là représentent une infime minorité. Ces derniers mois, la question qui revenait tout le temps, dans la rue ou ailleurs, c’était «Quand l’émission reprend-elle ?» Je parle en mon nom et au nom de toute l’équipe : je ne connais pas d’organisation d’événements aussi sécurisée… avec la présence d’un hélicoptère 24 heures sur 24, d’un médecin local, d’un médecin urgentiste dépêché sur place. Nous sommes à moins d’une heure d’un grand hôpital. Aujourd’hui, on estime qu’on peut repartir.

Quand hélas quelqu’un meurt sur un stade de foot, on arrête le match… mais pas le championnat ! C’est la même réflexion qui nous a animés. Le malheureux candidat était atteint d’une pathologie cardiaque indétectable, la même dont souffre Lilian Thuram et qu’il n’a découvert que récemment grâce à une échographie cardiaque. Entre-temps, il a pu jouer sur le terrain sans problème dans les plus grands clubs. Détecter ce qu’avait Gérald Babin était difficile, même avec une échographie cardiaque. Il n’y a que le PSG qui pratique cet examen sur ses joueurs de façon systématique. Et maintenant, nous aussi ! Le dispositif médical était déjà bon. On a décidé de le renforcer.

 
- Pourquoi n’est-il fait aucune allusion à la tragédie dans le premier épisode de cette nouvelle saison ?

 

La famille du candidat ne le souhaitait pas. Mais dans le générique de fin, nous avons souhaité ajouter un message aux proches de Thierry Costa, médecin aux compétences reconnues et irréprochables, qui s’est hélas suicidé.

 
- Depuis le drame, avez-vous été obligés de modifier les règles ?

 

Non. Il n’y a pas de raison. Que s’est-il passé il y a un an ? Gérald Babin participait à l’épreuve du tir à la corde comme on peut tous y jouer parfois sur la plage. La veille, les candidats avaient dormi confortablement à l’hôtel et avaient voyagé dans de bonnes conditions…
- Avez-vous retrouvé malgré tout le plaisir d’animer ce programme ?
Oui, et cette idée ne m’a jamais quitté. Mais bien sûr, ce ne sera plus jamais pareil. On a été beaucoup attaqué, et cela ne m’a pas surpris, c’est le fonds de commerce de certains. Mais j’ai été très peu déçu par la presse. Plus que jamais, je suis un “TF1 boy” quand je vois la confiance que nous a accordé la direction, qui a toujours soutenu ses équipes. J’ai l’intime conviction qu’on est droit dans ses bottes, sinon je ne serais pas reparti.

 

Dans ce premier épisode, il n’y a pas d’équipe  jaune ni rouge. Alors que c’est “du chacun pour soi”, on voit très vite les candidates s’allier contre les candidats. Femmes contre hommes, c’est comme dans la vraie vie, à votre avis ? 

 

Tout au long du jeu, les stratégies et alliances vont se défaire aussi vite qu’elles se feront. C’est l’être humain qui est comme ça. Au quotidien, on juge parfois un peu vite les gens et les situations. Et c’est hélas valable aussi pour Koh-Lanta.