Le soutien-gorge : entre séduction et combats


Par publié le 19/04/2015 à 03h06


Dépassant sa fonction utilitaire, le soutien-gorge est devenu en un siècle d'existence un véritable accessoire de mode et de séduction. Son histoire est étroitement liée à l'évolution du statut de la femme.

Dans l’Antiquité, les femmes cherchent plutôt à camoufler leurs seins en s’entourant la poitrine de bandes de tissu, les attachant ou les accrochant dans le dos. Dès le Moyen Âge, plus question de cacher ses nénés. Les effets des lacets au milieu de la poitrine attirent le regard et plus les seins semblent «débordants», mieux c’est ! Place ensuite à la longue époque du corset. Le premier soutien-gorge est une création française. Il est inventé par Herminie Cadolle en 1889 et présenté lors de l’Exposition universelle de Paris sous le nom de «Bien-Être». Ce premier modèle, appelé «gorgerette» ou «maintien-gorge», est un simple corset coupé en deux sous la poitrine pour être plus confortable. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas emballé les dames ! Il y a cent ans, l’Américaine Caresse Crosby, née Mary Phelps Jacob, les libère un peu plus en confectionnant le premier soutien- gorge moderne présentant deux bonnets séparés à l’aide de deux mouchoirs et d’un ruban rose. Cette invention brevetée le 3 novembre 1914 chasse défi nitivement l’inconfortable corset. Il est encore très discret dans les Années folles, car la mode est aux petites poitrines et aux silhouettes androgynes. Avec les pin-up des années 1950, le soutien-gorge change d’aspect et se fait bien plus coquin en faisant des seins un peu pointus, mais il faut attendre les Sixties pour que les femmes dévoilent décolletés pigeonnants et poitrines généreuses : c’est en effet la grande époque du soutien-gorge à balconnet.

Au feu, les soutifs !

Pendant les années 1970, en pleine révolution féministe, le soutien-gorge est vu comme un objet qui écrase la femme. En souvenir de l’abolition du corset, les féministes brûlent des montagnes de soutiens-gorge sur la place publique pour revendiquer leur liberté sexuelle. Elles ne portent plus rien sous leur robe. À chaque décennie sa révolution puisque dans les années 1980, le soutien-gorge se veut de plus en plus sexy, grâce notamment à Chantal Thomas, qui en fait un atout glamour. Avec ses modèles, tous les tabous s’envolent et Michel Sardou se met à chanter : «Femme des années 80, mais femme jusqu’au bout des seins…». Toute la lingerie devient alors un puissant symbole de féminité, de séduction et d’érotisme. Souvenez-vous de la publicité pour le fameux Wonderbra, en 1994, lorsque le top model Eva Herzigova, bouche pulpeuse et poitrine largement mise en valeur, déclarait : «Regardez-moi dans les yeux… j’ai dit les yeux.» Et que dit la lingerie sur les femmes d’aujourd’hui ? Celles-ci se veulent à la fois sportives, décontractées et séductrices. Le soutien-gorge a donc su s’adapter au gré de leurs désirs. On en trouve de toutes les couleurs, dans tous les styles et pour tous les besoins. Plus question désormais pour le soutien-gorge de jouer à cachecache. Mais il faut dire qu’ils sont si jolis que l’on n’a plus du tout envie d’enlever le haut !