Alors que s’ouvre le sommet de Copenhague, Yann Arthus-Bertrand s’engage plus que jamais pour alerter le public sur les inquiétantes évolutions du climat. Le 8 décembre, le temps d’une soirée sur France 2, mais aussi à travers sa fondation et différents films. Entretien.
Ce sommet, qui prendra des décisions pour faire suite au Protocole de Kyoto sur les émissions de gaz à effet de serre, est-il selon vous si important que cela ?
– Oui, c’est pourquoi il faut se mobiliser. Il y a une énorme attente. Il faut que les hommes politiques, les dirigeants prennent des décisions. J’espère que ce sera le cas.
Estimez-vous que ce discours écologique est mieux entendu aujourd’hui qu’hier ?
– On a tendance à culpabiliser les gens… Donc forcément, on a l’impression de déranger. Mais il faut porter à la connaissance du public cette réalité : notre planète est déstabilisée. On arrive bientôt à 7 milliards d’habitants et on ne peut plus se comporter comme avant. La fin du pétrole est annoncée mais personne n’en parle. Dans dix ans, il sera bien plus cher qu’aujourd’hui. Moi j’ai déjà 60 ans, mais il faut penser aux jeunes générations… On est dans une société qui veut toujours mieux, toujours plus. Il va falloir que ça s’arrête !
Comment est née chez vous cette prise de conscience ?
– Je suis allé au Kenya pour mes études et j’ai observé la faune équatoriale. Ensuite, en tant que photographe, j’ai fait tout le travail « vu du ciel » et au-delà des photos, ce qui m’intéressait c’était de donner des infos, c’est le travail pédagogique. Depuis quinze ans, je passe mon temps à surveiller la Terre. Je ne suis pas là pour gagner de l’argent. L’engagement me rend heureux. Je suis content de faire le boulot.
Êtes-vous concurrent ou rival de Nicolas Hulot ?
– Non, pas du tout. Son film n’est peut-être pas un grand film, mais il porte des valeurs avec lesquelles je suis d’accord. Ceux qui nient le changement climatique devraient davantage écouter les gens que je rencontre…
Par Frédéric Jarreau
Des témoignages pour sensibiliser
Dans le film réalisé par Yann Arthus-Bertrand, des témoignages évoquent la réalité du réchauffement climatique. Celui par exemple de ce Canadien : « Je vois comment le permafrost fond, comme les lacs s’assèchent, comme le niveau de l’eau est bas… » ; celui de cet habitant du Bangladesh : « Notre peur vient de la mer, l’eau se rapproche chaque jour, le pays se détruit de jour en jour… Où aller et que peut-on manger ? » ; de ce natif des Maldives : « Nous devons quitter notre île pour une plus grande » ; ou bien de ce Malgache : « Le climat est aride, où trouver de l’eau ? Je ne veux pas quitter mon village».
Des chiffres alarmants
Trois cent mille personnes par an subissent, directement ou indirectement, le réchauffement climatique d’après le Global Humanitarian Forum, et probablement 500 000 par an d’ici 2030. Il faut aussi s’attendre à ce que 200 millions de personnes deviennent des « réfugiés climatiques » d’ici 2050, selon l’Organisation internationale des migrations. Pour sensibiliser le public à l’occasion du sommet de Copenhague, la fondation Goodplanet (www.goodplanet.org) a loué l’une des salles de la cinémathèque de la ville pour présenter ses projets et le film 6 milliards d’Autres et le changement climatique. Cet espace est ouvert aux autres ONG. Le livre et le coffret DVD de l’exposition sont disponibles.
Photo : France 3