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Triste jour !

Créé le 22.09.10

Claude Chabrol a cassé sa pipe à 80 ans. On en aurait bien repris quelques années de plus ! Il était si farceur et vivant qu’il aurait bien fait passer sa mort pour un canular. Chabrol a réalisé 55 longs-métrages en 50 ans et 21 téléfilms. à raison d’un film par an en moyenne. On se souvient de : La Femme infidèle, Le Beau Serge, Le Boucher, Que la bête meure, Une affaire de femmes… Il nous a offert de très grands films, féroces, subtils, troublants : Violette Nozière (1978), Les Fantômes du chapelier (1982), Merci pour le chocolat (2000), L’Ivresse du pouvoir (2006), avec des comédiens accomplis (il a donné parmi ses plus grands rôles à la géniale Isabelle Huppert), avec de grands scénaristes (comme Odile Barski), avec Marin
Karmitz, qui fut son producteur durant plus de dix ans. Il fut un immense réalisateur reconnu comme auteur, et qui imprima sa marque sur notre époque à l’instar de Hitchcock, Ford, Lubitsch ou Preminger… Miroir de notre France bourgeoise, cynique et émouvante, il fut à la fois sincère et tricheur, cynique et généreux. En confrontant à la réalité sociale, l’esprit de la Nouvelle Vague, il en est devenu le chef de file inspiré, à la manière du grand Buñuel. Son humour, sa malice de tous les instants, sa fascination aigre-douce pour la France des riches et des puissants en a fait le plus subversif des cinéastes de la Nouvelle Vague. Tour à tour féroce et tendre, Chabrol nous confond par son naturel et sa maîtrise de la narration. Tentez l’expérience. Revoyez vos « vieux Chabrol ». Comme les grands vins qu’il affectionnait, vous verrez, ils se bonifient avec le temps.

SERGE SEBBAH
Directeur de la rédaction

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