L’excellent blog Slate.fr ouvre le débat en dressant un « constat de décès de l’altruisme » dans les séries médicales télévisées. En s’éloignant de l’image classique du médecin salvateur, la télé a campé des personnages ambigus, des médecins exécrables, des chirurgiens cupides ou des infirmières sans illusion. C’est le cas des séries Dr House et Nip/Tuck, qui ont fait montre d’un réalisme plus cru que les montées de stress d’Urgences. Elles ont peint un médecin trop humain souvent lâche, avide d’argent et de sexe, ou drogué. Revenant d’une certaine manière aux médecins de Molière. Pour un scénariste, il est plus marrant de raconter un emmerdeur comme House qu’un héros désintéressé, tel le Dr Carter, « toujours à la limite du burn out ». Des années de peinture à l’eau de rose de docteurs altruistes, comme Jane Seymour dans Dr Quinn, femme médecin, ont tordu le cou aux romances généreuses et à la mode de l’empathie. Le cynisme du Dr House et la lubricité du Dr Troy de Nip/Tuck ont fait le ménage des bons sentiments. Même si le plaisir de House de faire un beau diagnostic est vraiment communicatif. Il est odieux, certes, mais vous sauvera la vie… Là où Quinn et nos amis d’Urgences nous racontent une histoire pieuse, Gregory House, le cynique, sauve des vies en réfutant l’idée d’aimer son prochain. C’est aussi le cas de Nurse Jackie, infirmière dépendante, à double personnalité. Le Dr Troy, instrument de la société du paraître, touche les deniers du culte du corps. Alors que Quinn agissait en fonction d’un idéal qui la transcendait, House et Troy engagent leur ego, sans compassion. Plus ambigus, plus inquiétants, plus égoïstes, les serial doctors de 2011 n’en sont pas moins humains. Et renvoient à la génération qui les regarde une image réaliste, donc acceptable, de l’engagement, dans toutes ses contradictions. L’image d’un monde qui nous ressemble ?
SERGE SEBBAH
Directeur de la rédaction