Le temps nous est compté. Face à l’accélération de l’économie et des médias s’est créé depuis vingt ans un mouvement de fronde anti-speed (anti-vitesse), militant pour le retour à la Slow Life, la vie lente. Autour de nous, les fast-foods ont généralisé la malbouffe. Notre patrimoine gastronomique était fait, lui, de qualité et de lenteur. La finance mondiale, spéculant à la vitesse des computers, a amené la planète au bord du gouffre. Il s’échangeait 100 millions de titres par jour à Wall Street en 1982 contre 5 milliards en 2007 ! On dit aux gens, vos rêves ne sauraient attendre : empruntez vite, payez plus tard… Jean-Louis Servan-Schreiber critique le court-termisme économique, les repas pris sur le pouce, le speed-dating pour des aventures-minute et la consommation frénétique. Comment lutter contre ce « futurisme de l’instant » cher à Paul Virilio, celui qui fait l’éloge de la lenteur. Dans tous les domaines il faut ralentir, sous peine d’aller à la catastrophe. Dans l’entreprise, avec le mouvement du slow-management, il faut mettre le bien-être de l’humain au centre des préoccupations. Redécouvrir l’approche sensuelle en amour, plutôt que le fast-sex. Laisser du temps aux enfants plutôt que leur mettre la pression sur les notes et les accabler d’activités. Symptôme de cette ivresse de vitesse, la télé parle trop vite. Les animateurs ont l’air d’être diffusés en accéléré. On ne comprend plus tous les dialogues de certains films. Vous ne suivez pas, on vous traite de has been. Quelle est cette télé, faite pour les gens, qui en laisse autant de côté ? Comment s’étonner de la baisse des audiences ? Quelle est cette société qui laisse tant d’enfants déscolarisés au bord du chemin ? Vous l’avez deviné, le mouvement humaniste de la Slow Life est proprement révolutionnaire, au meilleur sens du terme. Alors, restons humains, ralentissons !
SERGE SEBBAH
Directeur de la rédaction