Souvenons-nous : les chaînes historiques ont obtenu du gouvernement un canal « bonus » en compensation de la perte de valeur de leur chaîne générée par le passage à la TNT. Le groupe Canal + a décidé de lancer en décembre 2011 une chaîne en clair nommée Canal 20. Depuis plusieurs années, Canal y réfléchit car Le Grand Journal rencontre un vif succès. Bertrand Méheut a provisionné un budget de 100 millions d’euros pour Canal 20, soit le quart du coût de la grille M6 et le double de celui des leaders de la TNT. TF1 et M6 font de bonnes audiences avec des séries américaines (Dr House ou Desperate Housewives, dont la première diffusion est cryptée sur Canal +). Canal 20 veut récupérer la diffusion en clair des séries US et leur public de ménagères car la pub en est friande. Dès l’annonce de Canal 20, le cours des actions des chaînes privées a plongé. Mais rien n’est encore fait pour trois raisons. Premièrement, Bruxelles est contre l’attribution de « chaînes bonus », jugées contraires au droit européen, et menace de traduire la France devant la Cour de justice européenne. Deuxièmement, TF1 et M6, qui ont réussi à reconstruire l’économie de leurs groupes secouée par l’arrivée de la TNT, ne sont pas pressées de se risquer dans l’aventure des « bonus » et demandent un moratoire. Troisièmement, l’Élysée craint de déstabiliser une nouvelle fois le PAF et entame un Moonwalk réaliste sur ce dossier. Le groupe Canal +, dont l’avenir est assombri par la forte concurrence des opérateurs triple play (250 000 abonnés perdus en 18 mois ?), cherche à mettre la pression sur l’État pour négocier de nouveaux avantages dérogatoires en position de force. Poker menteur.
SERGE SEBBAH
Directeur de la rédaction