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Médiator, le marché de la peur

Créé le 05.01.11

Après le scandale du H1N1, voici celui du Médiator. On a transformé des bien-portants en cardiaques chroniques. Des milliers d’entre eux en sont morts. En 2002 déjà, deux experts dénonçaient le credo de l’industrie pharmaceutique : « Pour vendre des médicaments, inventons des maladies. La méthode avait déjà fait la fortune du docteur Knock de Jules Romains : chaque bien-portant entrant dans son cabinet en ressortait malade, et prêt à débourser sans compter pour être guéri. Ayant atteint les limites du marché des malades, certaines firmes pharmaceutiques se tournent désormais vers les bien-portants pour continuer à croître. » Le marketing des labos nous cible de manière agressive. Il exploite nos peurs les plus profondes : la mort, le vieillissement, le surpoids, le cancer. Des troubles légers seraient précurseurs d’affections graves, la timidité serait un « trouble d’anxiété sociale », la tension prémenstruelle est rebaptisée « trouble dysphorique prémenstruel ». Dans les pays développés, ces dépenses de santé inutiles grèvent les budgets sociaux. Pour vendre les hypoglycémiants, tels le Médiator, on joue sur la peur d’une mort prématurée. Aujourd’hui, on découvre que les remèdes sont pires que les maux. Mais les profits sont faits… En 1975, un visionnaire, Ivan Illich, expliquait dans Nemesis Médical que l’expansion de l’establishment médical était en train de médicaliser la vie elle-même, transformant un nombre bien trop important de citoyens lambda en malades. Sa prédiction lucide s’est malheureusement réalisée.

SERGE SEBBAH
Directeur de la rédaction

Note : l’article largement cité est extrait de Selling Sickness. How Drug Companies Are
Turning Us All Into Patients, Allen & Unwin, Crows Nest (Australie), 2005. Cf Le Monde diplomatique.

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