Cela fait maintenant deux mois que le pétrole jaillit à gros bouillons à 1 600 mètres de profondeur, dans le Golfe du Mexique, au large des côtes américaines. Des plaques de pétrole ont échoué dimanche à l’embouchure du Mississippi. Les zones humides de Louisiane, riches en faune et en flore, ont été les plus touchées. Du pétrole a échoué sur les côtes de l’Alabama et de la Floride également. La marée noire a atteint pour la première fois les côtes du Mexique. La compagnie pétrolière responsable a expliqué qu’elle a investi ces trois derniers jours 300 millions de dollars. Le cap des 100 millions de dollars par jour vient d’être franchi. Un puits de dérivation est foré en urgence pour endiguer la fuite. Il doit être prêt début août. Cette catastrophe semble due à la décision de creuser à plus de 9 000 mètres de fond, à 1 600 mètres sous la surface de l’océan. À cette profondeur, les poches de gaz présentes sont sous une pression ahurissante, cent fois supérieure à ce que les vannes d’arrêt peuvent contenir. Un expert pessimiste craint que la fuite ne dure vingt-quatre ans. Il n’exclut pas qu’une énorme bulle de méthane s’échappe, provoquant une explosion comparable à celle du volcan Sainte Hélène et un tsunami sur la Floride. Il est commode de parler des bénéfices incroyables des compagnies pétrolières. Dans cet accident majeur, on voit que même des centaines de millions de dollars ne seront peut-être même pas suffisantes pour endiguer la marée noire. La pire hypothèse serait la mise en faillite de la compagnie, laissant le problème entier et les victimes désemparées.
SERGE SEBBAH
Directeur de la rédaction