« Le Jeu de la mort ». C’est le titre du documentaire que présente Christophe Nick le mercredi 17 mars sur France 2. Lors d’un (faux) jeu télévisé, Tania Young demande aux joueurs de délivrer des décharges électriques (allant jusqu’à 450 volts) à chaque mauvaise réponse d’un candidat. Malgré ses cris, 81 % des joueurs continuent de l’électrocuter ! Résultat glaçant : la simple soumission à l’autorité de la télévision peut donc transformer des gens ordinaires en assassins potentiels ! Cette expérience prouve que le conditionnement de simples citoyens peut neutraliser tous les facteurs moraux. Le sujet angoisse à l’idée de rompre avec l’autorité : toute rébellion constitue une épreuve que la majorité des gens est incapable d’affronter. La désobéissance serait pourtant le bon moyen de résoudre le conflit intérieur entre le fait de torturer un inconnu et sa conscience. La mise en scène de l’autorité suffit à surmonter tous les scrupules. Cette expérience de psychologie sociale explique en partie les comportements de lâcheté qu’on a observés lors de la Shoah, ainsi que l’attitude de la police lors de la rafle du Vel’ d’Hiv. « L’obéissance commence par la conscience et la conscience par la désobéissance. » Ce slogan inscrit sur les murs en Mai 68 prêtait vraiment à réflexion. Ainsi que la phrase du philosophe Marcuse : « Le devoir de résister est le moteur du développement historique de la liberté. Sans ce droit de résistance, nous en serions aujourd’hui encore au niveau de la barbarie primitive. »
Serge Sebbah
Directeur de la rédaction