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La Cité du mâle

Créé le 12.10.10

Dans son documentaire La Cité du Mâle, Arte abordait un sujet explosif, le machisme chez les jeunes. Il a été tourné à Vitry-sur-Seine, en bas des tours où, en 2002, Sohane a été brûlée vive par un amoureux éconduit. Comment prendre ce type de « doc » où l’on entend des ­garçons avoir des mots durs pour les filles, dans un climat de rancœur sociale ? Une sub-culture brutale, fruit du ghetto, de l’absence du père et de l’échec ­scolaire… Adolescents et déjà pères de rechange, les grands frères, dans une confusion totale des rôles, réinventent des comportements archaïques et ­passionnels. On a le cœur soulevé ­lorsqu’on entend qualifier d’« erreur » le fait de brûler à mort une jeune fille. Pire, les comportements machistes ne ­choquent plus certaines filles de la cité, qui tentent de survivre déguisées en ­garçon : « Tant qu’une fille “se respecte”, elle n’a pas de raison d’avoir des ennuis » ! Mieux : « Une femme, faudra qu’elle soit vierge, qu’elle soit propre, si elle l’a déjà fait, ça sert à rien. » Et ­d’enchaîner sur un soi-disant honneur de la famille qui serait en jeu. Comme si on était au fond d’une zone tribale, mais à 3 km de Paris ! Tout ceci est révoltant. Mais pourquoi n’avoir pas parlé de ces jeunes hommes qui protègent les filles des stupidités de la tradition et favorisent leur émancipation. Ceux-là sont discrets. Ils ne font pas de menaces dans les cages d’escaliers. La relation du mal ne peut-elle se passer de l’exemple du bien ? Pourquoi céder au vertige de la peur ? Certains, pratiquant la politique de ­l’autruche, critiquent vertement le ­documentaire d’Arte. Doit-il y avoir des sujets tabous ? Si on ne parle pas des problèmes, comment les résoudre ? ­Permettons-nous de faire une suggestion à Arte : parlez aussi du bon vieux machisme ­français « de souche », où la femme est ­évoquée de manière dégradante. On éviterait ainsi de tomber dans le piège de la caricature.

Serge Sebbah
Directeur de la rédaction

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