Dans son documentaire La Cité du Mâle, Arte abordait un sujet explosif, le machisme chez les jeunes. Il a été tourné à Vitry-sur-Seine, en bas des tours où, en 2002, Sohane a été brûlée vive par un amoureux éconduit. Comment prendre ce type de « doc » où l’on entend des garçons avoir des mots durs pour les filles, dans un climat de rancœur sociale ? Une sub-culture brutale, fruit du ghetto, de l’absence du père et de l’échec scolaire… Adolescents et déjà pères de rechange, les grands frères, dans une confusion totale des rôles, réinventent des comportements archaïques et passionnels. On a le cœur soulevé lorsqu’on entend qualifier d’« erreur » le fait de brûler à mort une jeune fille. Pire, les comportements machistes ne choquent plus certaines filles de la cité, qui tentent de survivre déguisées en garçon : « Tant qu’une fille “se respecte”, elle n’a pas de raison d’avoir des ennuis » ! Mieux : « Une femme, faudra qu’elle soit vierge, qu’elle soit propre, si elle l’a déjà fait, ça sert à rien. » Et d’enchaîner sur un soi-disant honneur de la famille qui serait en jeu. Comme si on était au fond d’une zone tribale, mais à 3 km de Paris ! Tout ceci est révoltant. Mais pourquoi n’avoir pas parlé de ces jeunes hommes qui protègent les filles des stupidités de la tradition et favorisent leur émancipation. Ceux-là sont discrets. Ils ne font pas de menaces dans les cages d’escaliers. La relation du mal ne peut-elle se passer de l’exemple du bien ? Pourquoi céder au vertige de la peur ? Certains, pratiquant la politique de l’autruche, critiquent vertement le documentaire d’Arte. Doit-il y avoir des sujets tabous ? Si on ne parle pas des problèmes, comment les résoudre ? Permettons-nous de faire une suggestion à Arte : parlez aussi du bon vieux machisme français « de souche », où la femme est évoquée de manière dégradante. On éviterait ainsi de tomber dans le piège de la caricature.
Serge Sebbah
Directeur de la rédaction