À l’occasion de la Coupe du monde de football, Laurence Ferrari a interviewé, pour « TéléMagazine », le milieu de terrain de l’équipe de France. Des confidences empreintes de naturel et de sincérité.
Vous êtes toujours très disponible sur le terrain. Vous avez un mental très fort et beaucoup d’énergie. Vous avez bientôt 30 ans. Où trouvez-vous toutes ces ressources ?
Je dirais que c’est grâce à un certain équilibre de vie, qui me procure cette fraîcheur, cette envie de bien faire. C’est vrai que ce n’est pas toujours évident, mais quand on a une bonne hygiène de vie et toujours la passion, c’est ce qui permet d’avancer. C’est un peu mon carburant.
Chaque fois que vous arrivez sur le terrain, vous êtes porté par cette énergie, cette passion ?
Oui, parce que, même si j’évolue à un très haut niveau, j’essaie toujours de garder cette attitude qui faisait ma force quand j’étais jeune : c’est-à-dire qu’on entre sur un terrain pour s’amuser… C’est sûr qu’il y a l’envie de gagner, mais voilà, c’est un jeu, et j’essaie de ne jamais oublier ça quand j’arrive sur le terrain.
Vous êtes l’un des joueurs du mythique club de Chelsea. Qu’est-ce que Chelsea vous a apporté au niveau de la confiance, de l’expérience et du sens du collectif ?
Eh bien, je dirais qu’à mon arrivée à Chelsea, j’ai découvert un autre monde, un autre environnement, notamment au niveau médiatique… Donc j’ai appris à assimiler un peu plus de choses et à agir sur certaines… Et puis, il y a tellement de grands événements, dès la préparation pré-saison : on fait des tournées, on va énormément à la rencontre du public, c’est un peu le « plus ». Ensuite, les matchs sont d’une telle intensité, d’un tel niveau que j’ai accumulé de l’expérience… Bref, c’est le club où il faut être et c’est un club d’avenir !
C’est vraiment si différent de ce qui se passe en France ?
Oui, c’est différent. C’est une autre culture, la passion est beaucoup plus forte autour du football, les fans, nos supporters, veulent toujours en savoir plus : des détails, des anecdotes… Donc nous, joueurs, on essaie d’avoir une approche différente, en donnant des informations tout en conservant une certaine mesure. Au niveau de la vie privée, on essaie de préserver un certain nombre de choses… Mais le contact est très chaleureux avec les supporters.
Il est difficile de protéger sa vie privée ?
Oui, bien sûr, c’est difficile, mais à partir du moment où les fans ressentent qu’il y a toujours ce contact, cette envie de leur apporter des informations, après, le reste, ils s’en fichent un peu !
Vous avez eu un parcours en dents de scie en équipe de France. Vous avez été plusieurs fois écarté, vous êtes revenu... Quel regard portez-vous aujourd’hui sur ce parcours ?
Tout d’abord, je suis assez fier de mon parcours. C’est vrai que, notamment lors des deux dernières années et la qualification pour l’Euro, j’ai connu des bas, on va dire, puisque j’ai été à certains moments écarté. Mais j’ai toujours gardé la même ligne de conduite, je me suis toujours appuyé sur mes performances, c’est ce qui m’a permis de revenir. J’ai toujours autant envie d’avoir des responsabilités au sein de l’équipe. Pour moi, le meilleur reste toujours à venir ! J’ai connu une très belle période avec la Coupe du monde 2006. Lors de l’Euro 2008, c’était plus difficile, à la fois collectivement et individuellement... Et puis là, ce que je fais en club me donne un plus grand appétit, et l’envie d’apporter quelque chose à l’équipe.
Si c’était à refaire, vous feriez tout pareil ?
Oui, bien sûr, ça fait partie de ma vie, de mon histoire, de mon caractère… Je pense qu’il faut pouvoir s’exprimer, et justement, quand on a un cadre et un leader, il ne faut pas forcément aller dans le même sens que les autres, et exprimer son avis même s’il est différent.
Vous avez fait partie de l’équipe finaliste en 2006. Pensez-vous faire aussi bien et même mieux cette année ?
J’espère faire mieux ! C’est vrai qu’après cette finale en 2006, il y avait beaucoup de frustration et de déception parce qu’on est passés très près ! Mais justement, pour avoir vécu cette période, ça tient à très peu de chose, des petits détails qui, parfois, font basculer les événements du bon côté… Cette ambition-là existe parce qu’individuellement, en club, on évolue à un niveau tellement élevé que je pense qu’on est capables d’aller très loin. C’est vrai que peu de gens voient les choses comme nous, les joueurs, parce que les qualifications étaient très difficiles, et c’était très laborieux… Maintenant, comme je le disais, si on apporte plus de caractère, s’il y a une plus grande prise de responsabilité de la part de tous les joueurs, et en particulier des cadres, je pense qu’il faut être optimiste. C’est un état d’esprit à avoir, et j’espère que les Français seront derrière l’équipe.
Pas de regrets sur le match de qualification ?
Non, non, pas de regrets. C’est sûr qu’on aurait préféré avoir la manière, mais pour les barrages, le plus important, c’est d’être passé ! Il y a eu des polémiques par rapport à un fait de jeu, et je pense que ça, il faut l’oublier. Et puis, il ne faut pas aller à la Coupe du monde en se disant qu’on a volé une place. On a mérité notre qualification. Il y a eu aussi des faits de jeu défavorables pour nous pendant les qualifications, on ne s’en est pas plaints. On est qualifiés, et maintenant il faut
marcher la tête haute en Afrique du Sud, y aller pour gagner.
Vous êtes natif de Guyane, n’est-ce pas Florent ? Est-ce que le fait d’aller en Afrique du Sud, le pays qui a vaincu l’apartheid, sur la terre de Nelson Mandela, c’est quelque chose qui vous fait battre le cœur un peu plus fort ?
Oui, bien sûr, c’est particulier. Première Coupe du monde en Afrique, et symboliquement c’est dans le pays de Nelson Mandela... J’étais assez jeune, j’ai vécu la fin de l’apartheid, la libération de Nelson Mandela, son élection à la présidence… Malheureusement, j’étais un peu trop jeune quand l’équipe de France est partie et lui a été présentée la première fois. Pour moi, ce serait un honneur si j’avais l’opportunité de le rencontrer. C’est vrai, partir en Afrique, pour un événement planétaire, j’espère de tout cœur que ce sera une réussite. Et sur le plan culturel, surtout pour nous, j’ai 30 ans mais je suis encore jeune et frais dans ma tête ! C’est bien… Parce que, à côté du football, c’est utile d’avoir des connaissances sur l’histoire. Et le fait que ça se passe là-bas, j’espère que ça profitera à tout le monde.
Donc il y a deux rêves, gagner la Coupe du monde de football et rencontrer Nelson Mandela ?
Exactement. Peut-être pas dans l’ordre ! Mais bon, je pense que si on la gagne, j’aurai la possibilité de lui serrer la main.
Par Laurence Ferrari
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