Le site Box Office Mojo (cité par l’excellent blog Pure Médias) a fait la liste des suites de films, des prequels (histoires antérieures) et des spin-off (séries dérivées) de films qui sortiront en 2011, et en a répertorié vingt-six, soit plus d’un film sur cinq aux États-Unis. Parmi eux, il y aura huit « numéro 2 » (Cars 2, Very Bad Trip 2, Kung Fu Panda 2…), cinq « numéro 3 » (Paranormal Activity 3, Transformers 3 en 3D…). Record assuré par le « numéro 8 » de Harry Potter, Harry Potter et les Reliques de la mort (partie 2). À Noël 2011, débarqueront probablement le troisième Alvin et les Chipmunks, Sherlock Holmes 2 et Mission : Impossible 4. Si certaines sont très réussies, beaucoup de suites rivalisent mal avec l’original, quelques-unes mériteraient même d’être jetées aux oubliettes du 7e art. Mais ces ciné-suites racontent une autre histoire que celles de leurs scénarios. Éminemment rentables, elles permettent de faire des millions d’entrées sans nécessiter d’investissements promotionnels trop lourds : le public connaît déjà les héros et les suit fidèlement dans leurs aventures. Certaines discussions à la sortie des salles font penser à un club œnologique. « Le cru 2010 n’est pas aussi bon que le 2008. » « Ah non, moi, je trouve que c’est une très bonne année ! » Effets spéciaux dernier cri, bande-son ultra-compressée, et surtout relief 3D permettent parfois de doubler le prix des places. Avec cette chirurgie cinésthétique, tout est bon pour faire du chiffre : on est passé du box-office au Botox-office. Pendant ce temps, de jeunes cinéastes ont du mal à se faire produire ou à trouver suffisamment de salles pour projeter leurs créations originales. Ainsi va le monde du cinéma industriel : comme dans les chaînes de restauration, pour apprécier il vaut mieux ne pas passer par les cuisines…
SERGE SEBBAH
Directeur de la rédaction