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Esclaves sexuelles

Créé le 20.10.10

La nouvelle série à gros budget de Canal +, Maison Close, a démarré fort : le premier épisode a rassemblé 1,5 million d’abonnés. Un succès dû à un matraquage publicitaire géant et au slogan martelé sans fin (à la manière d’une campagne de Procter & Gamble) sur la création O-RI-GI-NA-LE… Chronique romanesque et intimiste d’excellente facture sur le quotidien des prostituées, Maison Close a été tournée à Lisbonne, dans un palais du xixe reconsti­tué dans les moindres détails, du dortoir misérable des prostituées aux luxueuses alcôves dédiées aux plaisirs tarifés. Il a fallu six mois de documentation pour restituer fidèlement ce temple des amours infidèles. Restitution minutieuse d’un univers où toute liberté est suspecte : les filles sont fichées, on leur défend de se promener « en cheveux », elles doivent baisser les yeux en croisant les messieurs. L’histoire se passe en 1871, juste après l’écrasement de la Commune de Paris. Des courtisans cyniques s’oublient dans les bras de courtisanes, main-d’œuvre sexuelle appointée, qui rêve paradoxalement d’émancipation féminine et d’amour véritable. La réalisation ne se prive ni de poses lascives, ni de scènes d’orgies. Dans la série, les hommes sont souvent veules, les femmes cupides et la révolution couve encore sous les braises de la misère. La sophistication de tels lieux met mal à l’aise car l’atmosphère glamour de la série ne peut cacher la violence des relations entre clients et prostituées. Aujourd’hui, certains rêvent de rouvrir ces maisons de tolérance, bagnes sexuels pour femmes. Ce dont ne veulent à aucun prix les associations qui viennent en aide aux prostituées. Soixante ans après la fermeture des maisons closes par Marthe Richard, la série de Canal relance le débat. Ne risque-t-elle pas d’apporter de l’eau au moulin aux promoteurs des succursales de l’amour tarifé ?
SERGE SEBBAH
Directeur de la rédaction

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