Le président du Sidaction, Pierre Bergé, a créé la polémique en reprochant au Téléthon de « parasiter la générosité des Français », des propos dénoncés par l’Association française contre les myopathies. L’AFM a collecté 122,8 millions d’euros en 2008. Les ressources collectées par Sidaction s’élevaient, elles, à 18,1 millions d’euros. Une telle différence s’explique à l’évidence par l’impact émotionnel des plateaux du Téléthon. « Le Téléthon exhibe le malheur des enfants », explique Pierre Bergé. Pour Thomas, jeune malade, « le but, ce n’est pas d’exhiber, c’est d’ouvrir les yeux aux gens ». Mais qu’une cause soit jugée moins importante que l’autre n’est-ce pas également un fait choquant ? Dans son célèbre Essai sur le don, Marcel Mauss, neveu de Durkheim et figure tutélaire de l’ethnologie, explique que « le don n’a rien à voir avec la charité et le désintéressement ». Il s’organise « selon une triple obligation de donner, recevoir et rendre ». En donnant, les Français attendent en retour des moyens accrus pour la recherche et des résultats. Le contrat est clair. En ce sens, le peu d’espoir de mettre au point un vaccin contre le Sida a joué contre le Sidaction, le résultat étant moins évident. Mais les dernières recherches redonnent de l’espoir. Aux chaînes de télé de relancer le Sidaction, le service public étant désormais libéré de la contrainte de l’audience. Pourquoi l’AFM n’aiderait- elle pas, généreusement, la recherche sur le virus HIV ? Entre citoyens engagés et désintéressés, rien ne doit être impossible, s’il s’agit du bien commun…
Serge Sebbah
Directeur de la rédaction