Depuis des millénaires, on accorde à certaines plantes des facultés miraculeuses. Des vertus qui sont aujourd’hui exploitées dans l’univers de la beauté. Explications.
L’influence des pratiques traditionnelles
Si le bio et l’équitable sont devenus des estampilles incontournables dans l’industrie de la beauté, certains esprits novateurs choisissent de pousser plus avant la démarche « cosm’éthique », en proposant des produits développés avec le savoir-faire de peuples autochtones. Ainsi, Daniel Joutard, fondateur de la marque Aïny, une gamme de soins sacrés conçue en collaboration avec les Achuars, les Ashàninkas, les Yaneshas et les Quechuas, des tribus de l’Équateur et du Pérou. « Je suis parti travailler là-bas pendant un an dans une organisation non gouvernementale (ONG). J’y ai désappris puis réappris beaucoup de choses, explique le créateur. Sur place, il y a eu deux déclencheurs à mon projet. Une jeune apprentie chamane aux côtés de laquelle je me suis imprégné du pouvoir des plantes. Et ma rencontre avec les Indiens qui resemaient systématiquement tout ce qu’ils récoltaient, pour maintenir la biodiversité. (…) Par la suite, j’ai collaboré avec d’autres chamanes pour trouver de nouvelles plantes qui pourraient servir de base à des produits de beauté. »
Un peu de surnaturel pour beaucoup d’efficacité
De cette immersion dans le cœur primitif de l’Amérique latine, naît donc Aïny, mélange de magie rituelle et de science moderne. Mais la marque de Daniel Joutard n’est pas la seule à miser sur le caractère « merveilleux » de ses ingrédients. Forest People propose, en effet, depuis 2008 deux soins élaborés avec du beurre de Moabi, arbre vénéré par les communautés Pygmées du Cameroun. Et dont il existerait, selon une étude scientifique, plus de cinquante usages thérapeutiques !
L’environnement et l’humain en première ligne
Ce qui pourrait apparaître comme la tocade de doux illuminés s’inscrit bel et bien dans une démarche engagée. Pour lutter contre la bio-piraterie – qui consiste à s’approprier les connaissances et les ressources des populations sans leur autorisation –, Aïny a ainsi élaboré des partenariats avec les communautés péruviennes et équatoriennes et leur reverse 4 % de son chiffre d’affaires. De son côté, Forest People, fondé par Isabelle Trunkowski, docteur en anthropologie, a mis sur pied une association, Cœur de Forêt, qui replante un arbre à chaque produit acheté. Et permet aux « locaux » d’en extraire l’huile ou le beurre pour les leur racheter ensuite deux à dix fois plus cher que le tarif habituellement en vigueur dans le pays. De la cosmétique militante qui nous permet de satisfaire à la fois nos envies de coquetterie et nos aspirations citoyennes…
Bénédicte Flye Sainte Marie
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